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Exposition avril 2016. Martine Lafon et Mélissa Tresse.

Galerie Deleuze-Rochetin à Arpaillargues - Uzès

13 juin au 30 juillet 2016
Exposition avec Martine Lafon et Mélissa Tresse

En premier lieu, toute oeuvre de parole ou de création naît d'un rapport puis d'une relation. C'est d'abord le fait d'une perception puis d'un regard, et enfin d'une attention soutenue qui, dans un deuxième temps, produit son objet sur un mode unique et singulier. Toutefois, il arrive que ce regard forme lien et ne souhaite pas se détacher – ou se séparer – de la chose vue, visitée et contemplée, qu'il cherche à signifier davantage par le geste et le travail de la main, la volonté d'une présence.
Avec Martine Lafon, cela peut aller beaucoup plus loin dans la mesure où sa présence, sur un lieu parfaitement circonscrit, détermine la nature de ses choix, mais également le sens et la fonction de son projet. Ainsi peut-elle s'emparer progressivement d'un espace pour le relire et le réinterpréter à la faveur de sa vision et de sa pensée. Lieu qui bientôt sera imprimé de figures diverses, de traces, de signes rouges, de petits dessins et de lignes tendues : « L'harmonie de ces créations ne repose pas sur une simple alliance mais sur des tensions, des forces contradictoires, sinon ennemies, qui parviennent à s'installer dans un statu quo », écrit très justement Gérard-Georges Lemaire.
Et, en effet, cette harmonie seconde, si patiemment recherchée, qui se révèle par touches et empreintes successives, n'est pas le simple prolongement d'une forme existante, mais un relevé, un renvoi pensé et imaginé autour de l'objet initial.

Jacques Laurans

Le monde curieux que Mélissa Tresse fait naître sous son pinceau ou ses stylets de graveur, évolue dans un territoire qui s’étend entre le songe étrange, le conte poétique et la fable drolatique. Dans cet espace ambivalent la jeune artiste fait vivre ensemble humains et animaux, au pied d’antiques troncs d’arbres, à la pénombre des sous-bois, dans la fraîcheur d’une nuit d’avant l’aube, ou tout au contraire dans une sur-lumière propice aux apparitions de toutes sortes. Bêtes et humains vivent dans une complète proximité, si proche que l’on finit par ne plus pouvoir déterminer avec certitude à quel genre ils appartiennent, comme ces oiseaux se débattant et débattant d’un sujet qu’on ignore, ces cochons marchant sur des échasses, ou cette grenouille gobeuse d’homme.
Et jouant de cette réalité affabulée, Melissa crée des toiles surprenantes et de grandes gravures inattendues, qui en révèlent bien plus long qu’il n’est dit, sur la nature humaine.

Denis Puech